New-York, 1985. Nixon est toujours président et les Etats-Unis ont gagné la guerre du Viêt-nam.
A la veille de la troisième guerre mondiale qui risque d’être déclenchée à tout moment par une offensive du bloc soviétique, Edward Blake est assassiné. Son ami Rorschach décide de mener l’enquête : tous deux faisaient partis des Watchmen, une ligue de super-héros mis à pied depuis la loi Keane.
Pourquoi a-t-on tué un superhéros à la retraite ? Comment sauver le monde d’une guerre nucléaire ? Qui veille sur les Watchmen ?
Réalisé par Zack Snyder
Avec Jackie Earle Haley, Patrick Wilson, Malin Akerman
Film américain – 04 Mars 2009 – 163 minutes.
Bande Annonce (VO)
[SinglePic not found]La première fois que j’ai entendu parler de Watchmen, c’était en ces termes : “Meilleur graphic novel de tous les temps”.
J’ai mis du temps, mais je l’ai lu. Pour deux raisons : parce que je connaissais le talent d’Alan Moore (From Hell, V for Vendetta) et que le projet d’adapter Watchmen allait enfin voir le jour grâce à un fou nommé Zack Snyder, à qui l’on doit 300 et Dawn of the Dead. Et puis, un graphic novel qui figure dans les cent meilleurs ouvrages en langue anglaise selon le Time, ça ne peut que valoir le détour.
[SinglePic not found]Avant de parler du résultat cinématographique, parlons un peu de Watchmen version papier.
Le moins que l’on puisse dire est que l’univers créé par Alan Moore est incroyablement profond et demande à la fois une culture historique (pour les petits jeunes comme moi) et une réflexion assez intense. Loin d’être évident à lire car bourré d’obscures flash-back, chaque tome construit le précédent pour, à la fin, former un tout tellement fouillé et limpide qu’il donne le tournis.
L’histoire, qui pourrait se résumer à une simple chronique des Etats-Unis en pleine guerre froide, n’est en réalité pas si simple. Alors que les Minutemen sont morts ou aliénés, le monde accueille le Docteur Manhattan, véritable super-héros : le scandale du Watergate est étouffé, Nixon est élu pour la troisième fois, l’Amérique sort victorieuse de la guerre du Viêt-Nam et on a trouvé une alternative au pétrole… Et pourtant rien ne va : Alan Moore décrypte avec un pessimisme effrayant que rien n’aurait pu changer son Amérique décadente des années 80, puisque c’est la société qui est responsable des maux du Monde.
[SinglePic not found]En guise de représentants de cette société décadente, on nous présente une horde de justiciers masqués, tous plus pitoyables les uns que les autres : le Comédien, brute fasciste et charismatique accroc à la violence. Le Hibou, vieux garçon qui s’enferme dans sa cave à remuer le passé. Rorschach, paranoïaque sanguinaire et hanté par une enfance détruite. Le Spectre Soyeux II, névrosée qui s’est pliée à la fois aux volontés de sa mère super-héroine et celles du Gouvernement en habitant avec le Dr Manhattan.
Ozymandias, mégalomane qui a su exploiter son passé de super-héros pour devenir millionnaire. Et enfin Docteur Manhattan, le seul à avoir des pouvoirs mais qui a perdu toute son humanité (ou presque) après son accident, qui perd tout mais à qui on demande néanmoins de sauver le monde.
Maintenant qu’on a fait les présentations, passons au film de Zack Snyder.
S’il est clair que visuellement, on était sûr que ça allait être réussi (rien que 10 secondes du trailer suffisent à prouver la magistralité avec laquelle notre bon vieux Zack a retranscrit les cases de Gibbons et Higgins), scénaristiquement parlant, le pari était loin d’être gagné. N’oublions pas que le projet d’adapter Watchmen a été aussi souvent pensé qu’abandonné (par Terry Gilliam, Paul Greengrass et Darren Aronofsky) et ce pour une raison très claire : comment parvenir à transposer sur grand écran un univers si profond que Watchmen, en touchant à la fois les fans de longue date et ceux qui n’ont jamais entendu parler du livre ? Comment résumer toutes ces pages de manière claire, fidèle, et en moins de 7h ? Le projet parait impossible… sauf que c’était sans compter sur Zack Snyder, qui prouve encore une fois son talent en nous offrant une oeuvre complète et terriblement travaillée.
[SinglePic not found]Certes, alors qu’il y a clairement une volonté d’une fidélité absolue à l’oeuvre graphique, certains éléments sont pourtant modifiés, d’autres ajoutés ou supprimés, mais ces choix servent presque toujours la qualité du long-métrage, et lorsque ce n’est pas le cas c’est simplement dû à l’élément lui-même qui n’était pas forcément indispensable à la bonne compréhension de l’histoire.
Ce que Snyder modifie vise en particulier à rendre l’histoire plus évidente pour le spectateur venu là par hasard : on comprend très vite le contexte socio-politique de l’Amérique, le générique du début présente rapidement et simplement l’histoire et le sort des Minutemen, les Watchmen sont assez vite mis en place… Seul regret pour ma part, le montage des flash-back qui permettent aux spectateurs de deviner certains rebondissement bien plus vite qu’initialement.
En dehors de ce détail, ce n’est que pure jouissance. Snyder réussi non seulement à reproduire au milimètre près un plan, mais utilise un rythme qui est celui que l’on ressent en lisant le comics, retranscrit les dialogues au mot près et utilise une BO qui relève du génie.
[SinglePic not found]Deux petits mots sur le casting : Snyder n’a choisi que des acteurs assez inconnus du grand public pour incarner ses super-héros : Le Comédien est brillament interprété par Jeffrey Dean Morgan, que j’ai personnellement hate de revoir.
On retrouve également deux pédophiles dans les rangs des héros : Jackie Earle Haley (Little Children) en Rorschach, et Patrick Wilson (Hard Candy) en Nite Owl II.
Pour Silk Spectre II, la jolie Malin Akerman nous prouve qu’elle n’est pas qu’une hystérique en maillot de bain (The Heartbreak Kid) mais qu’elle peut également être une paumée en combinaison de latex. Petit détail assez amusant : l’actrice qui joue sa mère, Carla Gugino, n’a que 7 ans de plus que Malin… (mais ce qui est regrettable, c’est que ça ce voit, malgré tout le maquillage).
Ozymandias est joué par Matthew Goode, vu dans Imagine Me & You ou encore Match Point, au physique très lisse mais qui colle bien au personnage.
Et enfin, le Docteur Manhattan est joué par le charismatique Billy Crudup (The Good Shepherd, Big Fish) qui force au respect pour être à poil pendant les 2h40 de film.
La ressemblance physique entre les personnages dessinés et les acteurs est assez frapante, mais ça va beaucoup plus loin que ça puisque le moindre petit rôle est très bien casté : du jeune lecteur de BD au kidnappeur de fillettes, le soucis du détail est partout.
Une pure folie et un boulot titanesque, il n’en fallait pas moins pour bien adapter Watchmen à l’écran.
Que ceux qui tremblent de voir leur BD culte réduite en miette, rassurez-vous : Snyder veille sur les Watchmen…


[...] que jeudi je me levais à 4h30 pour travailler, que vendredi soir nous retournions voir Watchmen pour le deuxième soir de suite, qu’on a fait durer la soirée jusqu’à 2h du matin [...]